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Pénurie de chocolat ?

Publié le 04 janvier 2015 - Dernière mise à jour le 06 février 2015

Le spectre d'une pénurie de chocolat à l'horizon 2020-2030 ravive les inquiétudes des gourmands, régulièrement depuis quelques années. Christophe Eberhart, ingénieur agronome d’Ethiquable, minimise le risque sans l’écarter. 


Article initialement paru dans Sud Ouest sous la plume de Gaelle Richard


La demande mondiale explose, l'offre ne suit pas la même courbe. Christophe Eberhart, ingénieur agronome de la société Ethiquable, dont le siège se situe à Fleurance, est spécialiste du café et du cacao dans le monde.

« Je ne suis pas certain qu'il y ait une pénurie, dit-il. Je suis sûr, en revanche, que pour l'éviter il faudra que le marché du cacao mondial évolue. » Selon lui, la courbe du marché du cacao «monte et descend régulièrement ». Elle est montée fortement il y a quatre ans, puis elle est redescendue tranquillement, et est remontée. Aujourd'hui, elle est redescendue. « Le cacao fluctue comme toutes les matières premières, souvent indépendamment de la réalité du produit mais beaucoup en fonction de la bourse de New York. »

 

Comme le bon vin

 
La demande mondiale bondit. « Il est certain que si les Chinois, les Brésiliens et les Indiens consomment du chocolat on va avoir besoin de plus de cacao. On va donc passer par des phases de prix plus élevés. Ethiquable achète autour de 4 000 dollars la tonne de cacao (bio et équitable) alors que le marché est à 2 800 dollars. »
 
Pour Christophe Eberhart, payer mieux les producteurs, c'est l'assurance d'un approvisionnement futur. Donc, une garantie antipénurie.
 
« Mieux payés, les paysans rénovent leur cacaoyère, produisent plus. » Ethiquable se fournit en Côte d'Ivoire, en Amérique latine, à Madagascar, en Équateur, au Pérou, au Nicaragua. Les premiers pays producteurs mondiaux sont la Côte d'Ivoire et le Ghana pour le chocolat destiné à l'industrie. « Le contexte est différent en Amérique latine, où le cacao résulte de variétés anciennes et pousse sur des terroirs particuliers. Comme les vins, le terroir produit des cacaos spécifiques, d'où les prix différents. »
 

Si la demande augmente, que le cours du cacao s'envole, les paysans sont-ils assurés d'être mieux payés ?

 
« Pas forcément, précise Christophe Eberhart. Le chocolat est un produit très transformé. Aujourd'hui, les paysans récupèrent peu du prix auquel il est vendu en magasin dans la filière industrielle. Si demain le prix de la matière première augmente, les paysans pourront être payés davantage, à condition que les modèles économiques acceptent de rémunérer les paysans et non pas de payer les intermédiaires. » Sinon, les prix vont flamber sans pour autant inciter les paysans à produire davantage. La pénurie pointera le bout de sa fève et le chocolat deviendra un produit inabordable.
 
"En Haïti, nous avons réussi à développer un cercle vertueux avec les paysans qui font du meilleur cacao en le travaillant mieux. Ils sont surtout dans l'optique de produire un bon produit."
 
De l'autre côté de l'Atlantique, le contexte est totalement différent. « En Côte d'Ivoire, les petits producteurs sont très nombreux mais la production est plus intensive. Nous avons développé l'expérience avec deux villages à qui nous avons demandé de produire en bio. Une partie de la valeur de leur cacao part en taxes pour l'État. Les paysans touchent moitié moins en Côte d'Ivoire qu'en Équateur. Chez nous, à Ethiquable, les producteurs replantent, réinvestissent. En Côte d'Ivoire, il faut rénover les cacaoyères, car elles ne sont plus assez rémunératrices. Mais, étant donné la pression fiscale sur le cacao, les paysans préfèrent souvent planter des bananiers ou produire du manioc. » Sa position est claire : « On ne peut pas maintenir le niveau actuel de production mondiale sans accepter de mieux rémunérer les paysans producteurs. »
 

Dix ans pour une cabosse

 
En 2013, le monde a consommé plus de 4 millions de tonnes de cacao. C'est un tiers de plus qu'il y a dix ans. Cette hausse de la demande a fait grimper les cours : + 40 % en un an, selon le « Wall Street Journal ». La Chine s'est prise de passion pour la précieuse fève : la demande devrait y croître de 5 % par an jusqu'en 2018. La faute aussi au réchauffement climatique. Si la température augmente de 2 degrés d'ici à 2050, le Ghana et la Côte d'Ivoire, principaux pays producteurs de cacao, n'en produiront plus. La solution serait de planter des cacaoyers ailleurs, mais il faut dix ans pour qu'un arbre donne les précieuses cabosses…
 
 
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