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Le label bio équitable en France s'affiche sur Paysans d'ici

Publié le 04 mai 2021 - Dernière mise à jour le 11 mai 2021
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Mais que signifie ce logo qui appararaît sur les produits Paysans d'Ici ? Deux mains qui s'entrecroisent avec des sillons en arrière plan et trois impératifs Bio + Équitable + en France, voici la signature du nouveau label qui nous avons co-contruit, il y a un an, avec 4000 fermes française et l'enseigne BIOCOOP (lire l'article).

Depuis le printemps dernier, quasiment tous les groupements de producteurs partenaires de Paysans d'ici, et nous-mêmes, avons été certifiés selon le cahier des charges du label, suite à la visite de un organisme de certification indépendant.

Mais, au final, que change vraiment ce nouveau label ?

Tout savoir sur le label Bio Équitable en France en 1 minute

label bio équitable en France

adrien

 

 

 

L'avis d'Adrien Brondel, agronome chez Ethiquable

en charge de l'appui aux coopératives de producteurs français

 

Pourquoi s'engager dans le label Bio Équitable en France ?

Le label bio équitable en France est cohérent avec notre vision du commerce équitable pour les producteurs français. De fait, nous avons initié / participé à l’écriture de cette démarche. Et nous avons pu mettre dans ce référentiel encore plus d’ambitions que ce que nous portions auparavant.

Le cahier des charges de Bio Equitable en France reprend tout le socle de la Charte Paysans d’Ici (défini en interne en 2011 lors du la création de la marque), mais tous les acteurs autour de la table ont décidé d’être plus ambitieux. En fonction de la vision politique des différentes organisations, chacun s’est permis d’aller plus loin que ses propres pratiques.

Au final ce référentiel est beaucoup plus que la somme des pratiques des 55 organisations fondations de l’association, ce label dessine une vision politique pour l’agriculture de demain, qu’on pourrait résumer avec 4 mots clefs : bio, équitable, paysanne et agroécologique.

Certains groupements de producteur ont proposé l’inclusion de critères liées à l’agriculture paysanne, avec notamment les critères sur la taille des fermes ou l’autonomie des producteurs-trices.

D’autres organisations ont insisté sur le nécessaire changement de pratiques agricoles et ne pas reproduire dans la bio, l’industrialisation de l’agriculture. Il s'agit là des critères liés à l’agro-écologie, dont chaque groupement de producteur devra mettre en place au moins 5 pratiques agricoles.

D’autres organisations enfin ont insisté sur les pratiques sociales, ce qui donne des critères tels que l’interdiction du travail détaché ou les échelles de salaires pour encadrer la distribution de richesse au sein des entreprises.

Mais il y a également des critères environnementaux (interdiction des serres chauffées, etc), des critères de loyauté et de transparence (interdiction de l’équilibre de masse, pas de traçabilité documentaire mais une traçabilité physique réelle), ou des critères organisationnels comme l’obligation de travailler avec des groupements de producteurs formels (par opposition aux producteurs individuels).

Du côté d’Ethiquable, nous avons défendu bec et ongles certaines spécificités, comme la nécessité d’un groupement de producteurs (coopérative, SICA, GIE, SAS ou autre), l’absence d’équilibre de masse, ou le plafond de surface pour les fermes qui garantit que le commerce équitable bénéficie avant tout aux petits et moyens producteurs. Ces éléments sont directement issus de nos 18 années d’expérience dans le commerce équitable avec les producteurs du Sud, nous devions être cohérents sur ces points.

Au final ce référentiel est beaucoup plus que la somme des pratiques des 55 membres fondateurs de l’association, ce label dessine une vision politique pour l’agriculture de demain, qu’on pourrait résumer avec 4 mots clefs : bio, équitable, paysanne et agroécologique.

Pour Ethiquable, ce référentiel devient une contrainte, il nous force à mettre de l’ordre dans nos pratiques. Le commerce équitable est aussi une relation humaine avec des producteurs et des productrices. Par exemple, avec la Charte Paysans d’Ici, nous nous sommes autorisés à prendre du temps pour accompagner la structuration d’un groupement de producteurs. Aujourd’hui, les groupements doivent avoir une existence juridique formelle dès le 1er jour du partenariat. De même dans nos contrats de 3 ans avec les groupements, le référentiel Bio Equitable en France nous a amené à les étoffer pour prendre en compte de nombreux nouveaux critères, mieux définir les calculs de prix minimums, les engagements de volume, etc, ce qui, en pratique, demande encore plus d’échanges et de concertation avec les producteurs.
 

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Que change ce nouveau label pour les producteurs et les consommateurs ?

Pour les producteurs, je crois que le référentiel oblige les acheteurs comme Ethiquable à donner plus de garanties, plus d’engagements. En pratique, c’est plus sécurisant : les groupements peuvent s’appuyer sur nos engagements pour construire leur stratégie : implantation de cultures ou investissements productifs, mais aussi installation de jeunes ou diversification des produits. MAIS la labellisation demande aussi beaucoup de travail supplémentaire : c’est le groupement de producteurs qui est garant du respect des critères. C’est donc le groupement qui fait l’inventaire de la taille des fermes, qui travaille à la mise en œuvre des pratiques agroécologiques par les producteurs, qui a l’obligation de partager l’information entre ses membres et de favoriser une participation active de ses membres, notamment à l’Assemblée générale, etc. La contrepartie, ce sont des prix plus élevés et une vision sur la durée, sans mise en concurrence avec le « marché ».

Pour le consommateur, à mon sens, la principale différence, c’est la garantie que la Scop Ethiquable fait bien ce qu’elle dit. Et c’est beaucoup ! Avec bio Equitable en France il y a un contrôle externe, c’est-à-dire un organisme de contrôle qui vient dans les groupements et chez les entreprises, pour vérifier les pratiques critère par critère. Il n’y a pas d’arrangements possibles. Sur la base de cet audit, qui est une « photographie » de chaque acteur, l’association Bio Equitable en France décide ou non d’attribuer la label à l’acteur. Ethiquable n’a pas son mot à dire. Ce n’est donc plus Ethiquable qui autoproclame ‘je fais du commerce équitable avec untel’ comme c’était le cas avec la Charte Paysans d’Ici. Cette avancée est aussi une grande différence avec tout plein de marques qui auto-affirment qu’elles font du commerce équitable ou que tel ingrédient rémunère mieux les producteurs, etc, alors qu’en réalité personne n’a le pouvoir de vérifier quelles sont les pratiques de telle ou telle entreprise.
 

 

sylvain aubert tero

 

 

 

 

L'avis de Sylvain Aubert, auditeur chez Tero

en charge de la labellisation bio équitable en france

 

Combien de contrôles avez-vous effectué dans le cadre du label Bio Équitable en France ?

Tero a contrôlé 36 structures depuis août 2020 : 19 groupements de producteurs, 11 transformateurs et 6 utilisateurs du label. Pour les produits Paysans d'ici, nous avons audité 9 organisations de producteurs et la Scop Ethiquable.

Pour les produits Paysans d'ici, nous avons audité 9 organisations de producteurs et la Scop Ethiquable.

Comment se déroule concrètement un audit ?

Le contrôle sur place prend de 1 à 2 jours, selon la taille de la structure et le nombre de filières concernées. Il y a en amont une phase préparatoire à distance avec la structure pour passer en revue la grille d'évaluation. Souvent, la structure a déjà réalisée une auto-évaluation.

Je commence toujours un audit par une réunion d'ouverture, où je ne convie pas seulement les représentants de la structure, pour faire comprendre la démarche de ce nouveau label et bien introduire l'audit. Le point important est que la structure s'approprie vraiment le cahier des charges et en saisisse les enjeux.

Quand il s'agit d'un utilisateur du label, comme Ethiquable, je réalise une visite du site, je passe en revue tous les critères du cahier des charges avec les responsables, je me rends ensuite sur le terrain pour vérifier la cohérence de ce qui a été transmis. Pour faire simple, je mène l'enquête recoupe et triangule les informations.

Pour faire simple, je mène l'enquête, je recoupe et triangule les informations.

Les visite chez les producteurs - 2 à 3 fermes par groupement à nouveau en fonction de la taille de l'organisation - sont centrée sur la relation avec la coopérative (accès à l'information, participation à la gouvernance...), les pratiques agricoles et commerciales. Je réalise aussi une réunion de clôture avec les producteurs à la coopérative où je partage les conclusions temporaires du rapport de terrain. Le rapport final est complété par une analyse approfondie des documents transmis. C'est ce rapport que j'envoie au Comité de Labellisation de l'association Bio équitable en France.

Le Comité qui réunit tous les acteurs des filières (des producteurs aux utilisateurs du label), décide ou non de l'attribution du label et de pistes d'amélioration si des écarts sont constatés. Je dois préciser qu'il n'y a pas de refus d'attribution depuis août 2020 car les acteurs qui s'engagent ont des échanges soutenus avec l'association Bio Équitable en France avant de se lancer dans la démarche. Un travail d'analyse est réalisé à l'entrée pour valider que l'organisation corresponde bien aux critères du label.
 

Vous réalisez des audits pour le compte d'autres labels. Quelle est votre vision du cahier des charges Bio Équitable en France ?

La première chose à noter, c'est le dynamisme du label. Nous en sommes à la 2ème version en moins d'un an. Cela démontre une vraie écoute et le souci de se nourrir du terrain pour affiner le référentiel, lever les imprécisions et compléter les manques qui peuvent ne pas apparaître sans audits de terrain.

Les discussions au sein du Comité de labellisation sont animées et très poussées car ce sont des gens de terrain.

Il faut ajouter aussi l'aspect vertueux de la démarche. Bio Équitable en France a une gouvernance multiple (groupements de producteurs, transformateurs et utilisateurs du label) et les discussions au sein du Comité de labellisation sont animées et très poussées car ce sont des gens de terrain. Quelles pratiques sont acceptables ? Quelles sont celles qui ne le sont pas ?
 

Quel est l'apport du label Bio Équitable en France ?

L'apport le plus évident est de donner la parole aux producteurs sur un cahier des charges. C'est la vraie richesse du label.

Le label amène les acteurs engagés à formaliser des pratiques effectives qui ne sont pas forcément écrites. Ce formalisme consacre souvent des pratiques existantes mais pousse aussi à se questionner sur de nouvelles mannières de faire. Ce qui apparaît clairement, c'est l'exigence d'aller plus loin.

Derrière le label apposé sur les emballages, il y a un laboratoire de réflexions avec un projet politique clair et cohérent.  

Dans cette époque où l'on recherche des mécanismes concrets de transition écologique, Bio Équitable en France est un lieu de discussions et de débats, riches en exigence avec une confrontation avec la réalité de terrain. Derrière le label apposé sur les emballages, il y a un laboratoire de réflexion avec un projet politique clair et cohérent.  

 

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