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Quelle régulation mondiale ? Le rapporteur à l'ONU répond

Publié le 25 juin 2013 - Dernière mise à jour le 21 septembre 2013

Entretien avec Olivier de Schutter, rapporteur spécial des Nations unies pour le droit à l’alimentation. Propos recueillis par Édouard De Le Rochefordière pour le Hors Série Altermondes/Libération sur le commerce équitable de mai 2013

Le modèle de développement qui prévaut aujourd’hui donne la priorité à l’ouverture des marchés, à la concurrence et à la concentration de la rente, au détriment des petits producteurs. De nombreux observateurs en appellent à un changement de paradigme. Et si le commerce équitable servait de matrice pour la définition d’un nouveau système de production ? 

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Selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), 870 millions de personnes dans le monde n’ont pas mangé à leur faim sur la période 2010-2012, que démontre ce chiffre ?

Olivier de Schutter : Mettons d’abord ce chiffre en perspective. Le problème majeur aujourd’hui n’est pas celui de la sous-alimentation –bien qu’il soit réel– mais celui de la malnutrition, c’est-à-dire de régimes alimentaires qui sont trop pauvres en certains micronutriments essentiels. La malnutrition concerne plus du quart de l’humanité,soit près de deux milliards de personnes. Cela dit, pour bien comprendre le problème de la faim, il faut partir de la question: Qui sont les affamés ? Or, la majorité de ces 870 millions de personnes est très pauvre et vit dans des zones rurales. Ce sont des petits producteurs, pour lesquels on n’a pas assez investi au cours des trente dernières années. Je suis critique à l’égard des résultats obtenus jusqu’à présent.

Je considère en effet que les questions de justice sociale et de protection des petits paysans n’ont pas été suffisamment mises en avant dans la définition des règles du commerce international.

Ces dernières ont surtout bénéficié à l’agro-export et aux grands producteurs, en aucun cas aux petits producteurs car non seulement leur accès au marché n’a pas été facilité, mais ils ont aussi été victimes de dumping sur leur propre marché, ce qui les a très souvent menés à la ruine et les a confinés à l’agriculture de subsistance. C’est cette logique qu’il faut essayer maintenant de remettre en cause. [...]

Le phénomène d’accaparement des terres fragilise également l’agriculture des pays en développement et pose la question de la différence entre sécurité et souveraineté alimentaire.

Olivier de Schutter : Il y a une vraie compétition à l’échelle mondiale pour l’accaparement des terres mais aussi, ce qui est moins connu, pour l’accaparement des mers et de leurs stocks de poissons.

Or, il est très clair que les pays en développement n’en sont pas les gagnants puisque leur capacité de négocier des accords équitables est très faible.

En filigrane, c’est la question de la sécurité versus la souveraineté alimentaire qui est posée. La sécurité alimentaire considère que la manière dont les gens ont accès à la nourriture importe peu, tant qu’ils peuvent avoir une alimentation suffisante et adéquate à un prix abordable. La souveraineté alimentaire place la barre plus haut: elle exige aussi que chaque pays puisse définir ses propres politiques agricoles et alimentaires, sans qu’elles ne soient conditionnées par les exigences du commerce international. Cette revendication est une réaction à la situation qui prévaut  depuis le début des années 1980, dans laquelle les politiques agricoles des pays en développement ont d’abordvisé à augmenter les exportations. Cette politique a joué au détriment du développement rural et des cultures vivrières. La souveraineté alimentaire est une exigence de réappropriation démocratique des politiques agricoles et alimentaires, mais elle est liée aussi à une exigence de développement rural et de capacité pour les petits producteurs à vivre de leur travail. [...]

En cela, le commerce équitable apporte-t-il des réponses?

Olivier de Schutter : Le commerce équitable apporte des réponses complémentaires à la nécessité de réhabiliter les cultures vivrières et la relocalisation des systèmes alimentaires. Nous aurons toujours besoin de produits tropicaux cultivés dans d’autres régions du monde. Les Européens, par exemple, sont très gourmands en café, en chocolat, en fruits et légumes exotiques.Mais le commerce équitable pour ces produits doit aller de pair avec la promotion de systèmes agroalimentaires davantage relocalisés et avec la promotion de circuits d’approvisionnement courts.

Idéalement, je vois à l’avenir coexister deux grands systèmes alimentaires: d’un côté un système de chaîne d’approvisionnement mondialisée, où le paradigme du commerce équitable, rémunérateur pour les producteurs et respectueux de l’environnement, doit devenirla règle, et de l’autre des systèmes agroalimentaires locaux.

Cela me parait être la voie à suivre.

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