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Santiago Paz de CEPICAFE donne son point de vue sur le nouveau label Max Havelaar

Publié le 11 février 2014 - Dernière mise à jour le 05 mars 2015

CEPICAFE est notre partenaire depuis 10 ans au Pérou. Nous avons recueilli la réaction de Santiago Paz sur le nouveau label Max Havelaar (FSP).

Quelles conséquences peut avoir le label FSP pour les producteurs de cacao ?

Santiago Paz : Il est important de dire que le commerce équitable a eu un impact très important au Pérou surtout pour les producteurs de café et de cacao. Il a permis un accroissement des prix et des revenus, ainsi qu’une augmentation de la surface cultivée et du nombre d’organisations de producteurs.
On parle d’un véritable miracle dans le domaine du cacao car l’impact a été extraordinaire. La production nationale est passée en quelques années de 24.000 tonnes à 100.000 tonnes.
Certaines régions autrefois gangrenées par le narcotrafic ont connu des nouvelles dynamiques de développement sur la base d’activités licites car le cacao, comme le café, est une des rares productions en mesure de concurrencer la coca
Mais depuis quelques temps les coopératives historiques sont mises en concurrence avec des exportateurs privés au sein même du commerce équitable. Les prix minimums garantis ne sont pas revalorisés, la concurrence contribue à diluer les impacts.
Le système Fairtrade a tendance à s’approcher des mécanismes du commerce conventionnel. Avec le FSP, Fairtrade passe une nouvelle étape.
Avec la possibilité d’utiliser un seul ingrédient, Fairtrade tire ses exigences vers le bas. Cela va ouvrir le marché des entreprises multinationales pour des produits de consommation de masse. Les prix seront tirés vers le bas et les organisations de producteurs seront moins avantagées.
Ces grandes entreprises ont une influence très grande sur Fairtrade et réussissent à imposer leurs points de vue. Ils vont mettre sur le marché des produits équitables à bas prix avec un pourcentage minime de produits équitables. Cela va confondre les consommateurs.
Finalement, cela constituera une concurrence déloyale pour les acteurs qui aujourd’hui appliquent les critères du commerce équitable de façon sérieuse et qui sont surtout des petites entreprises.
 

Quelle est le rôle des multinationales et des grandes entreprises dans la filière café et cacao au Pérou ?

Santiago Paz : Au départ le commerce équitable a permis à des coopératives de petits producteurs d’exporter directement leurs produits, alors qu’au Pérou l’exportation était quasi entièrement tenue par des grandes entreprises, souvent des filiales des multinationales ou des sociétés locales fortement liées à elles.
Le commerce équitable a eu un impact très important au Pérou sur les revenus des familles de producteurs, mais aussi sur la capacité des coopératives à maîtriser leur commercialisation et à mener des actions sociales ou de formation des personnes.
L’impact du commerce équitable ne concerne pas seulement le producteur individuel, mais aussi le fait que sa coopérative, l’organisation qui le représente, puisse porter un projet plus vaste de transformation sociale, puisse gagner de plus grandes capacités de négociation avec les entreprises de la filière et avec le marché.
Depuis quelques temps les coopératives sont concurrencées pour l’exportation du café et du cacao par les grandes entreprises d’exportations qui sont maintenant reconnues et certifiées par le système Fairtrade.
Avec le FSP, l’exportation des produits équitables va encore plus se déplacer vers ces grandes entreprises liées aux grandes multinationales. Le café et le cacao sont des marchés très concentrés et très compétitifs. Seulement 4 entreprises contrôlent 40% du marché du cacao.
Le FSP signifie aller vers un modèle de commerce équitable plus light. Celui-ci ne permet pas de renforcer le rôle d’exportateur des coopératives de producteurs et remettra même en cause les capacités de négociation déjà gagnées au cours des deux dernières décennies.
En prenant possession du commerce équitable, les entreprises multinationales imposeront forcément les pratiques du marché conventionnel que le commerce équitable justement se proposait de combattre. 
 

Quelle serait l’alternative pour les petits producteurs ? 

Santiago Paz Nous demandons depuis un certain temps une réorientation de la stratégie et un retour aux fondements du commerce équitable. Celui d’un commerce équitable centré exclusivement sur les petits producteurs et sur leurs organisations autonomes et porteuses d’un projet de développement. 
Avec le FSP, le commerce équitable s’approche du marché conventionnel. La prochaine étape sera la certification des grandes plantations comme celles du Brésil. Ou l’agriculture de contrat qui permettra aux grands exportateurs de passer directement des contrats avec des producteurs non organisés, en se passant des coopératives. Nous pensons que le commerce équitable est né pour les petits producteurs et qu’il doit continuer à soutenir les petits producteurs désavantagés.
Le commerce équitable était dans le bon chemin. Il obtenait d’excellents résultats. Nous pensons que le commerce équitable doit rester une alternative au marché conventionnel. Il doit prendre ses distances avec les pratiques conventionnelles du commerce. 
 
 
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