

Situation
Province El Oro, ville de Machala, Equateur
Membres
350 producteurs
Producteurs
- Producteurs en plaine de Machala de 5 à 10 ha de monoculture de banane
- Producteurs sur le piémont des Andes en cultures diversifiées avec 0,5 à 1 ha de banane puis cacao, manioc, mais...
Production
Producteurs de bananes pour l'exportation de fruits frais et pour la fabrication de purée (nectar de banane).
La fin des républiques bananières
Les plantations créées par les « trois sœurs » (United Fruit, aujourd'hui rebaptisée Chiquita, Standard Fruit "Dole" et Del Monte) couvraient des milliers d'hectares en Amérique centrale dans les années vingt. Les multinationales américaines, à cette époque-là, contrôlaient directement la production, et leur interventionnisme dans les politiques menées par les Etats concernés était connu de tous...
À partir des années cinquante, les maladies qui s'étaient développées dans les plantations (le féau de toutes les monocultures) et la tentative des Etats pour taxer les revenus des multinationales déterminent ces entreprises à se tourner vers l'Equateur où elles s'installent et mettent en place des stratégies différentes. Dans ce pays, ces grands groupes décident de ne plus cultiver directement mais d'acheter la production des planteurs indépendants, grands ou petits, qui, à ce moment-là, est en progression. La culture des bananiers bénéficie en effet sur la côte Pacifique au sud de l'Equateur et dans la plaine de Machala de conditions climatiques particulièrement favorables: un climat chaud et humide, et de sols très fertiles.
A cette époque, le cacao, principale production des paysans de Machala, était en crise: prix internationaux au plus bas et plantations dévastées par le « balai de sorcière », maladie fongique incontrôlable. Les petits cacaoculteurs plantent alors des bananiers, vite imités par des entrepreneurs disposant de capitaux qui achètent des terres et investissent dans cette production en plein développement. Ce « boum » de la banane en Equateur déclenche une vague de migration qui, entre 1950 et 1970, fait tripler la population de la zone côtière. Contrairement à ce qui se passait en Amérique centrale, ce sont des producteurs indépendants qui, en Equateur, produisent la banane; la commercialisation des fruits restant contrôlée par les grandes multinationales.
Une économie d'exportation
Des techniques de production modernisées ont rapidement amélioré la productivité de la culture de la banane en Equateur. La variété traditionnelle « Gros Michel » a été remplacée par la « Cavendish » dont les rendements sont meilleurs, mais qui est plus fragile. Les producteurs ont aussi investi pour fertiliser les sols et assurer un conditionnement mieux adapté. Des exigences de qualité de plus en plus élevées et une rude concurrence ont alors poussé les plantations équatoriennes à se concentrer. Elles atteignent aujourd'hui des surfaces de 100 à 1000 hectares. La rentabilité de ces grandes entreprises est due, pour l'essentiel, à l'exploitation d'une main d'œuvre sous-payée. Elles restent cependant indépendantes des grands groupes multinationaux avec lesquels elles négocient des contrats de commercialisation.
L'Equateur est ainsi devenu aujourd'hui le premier exportateur mondial de bananes.
Les petits producteurs se sont trouvés peu à peu exclus de cette dynamique. Ils n'ont pas les moyens d'investir dans les unités de conditionnement qu'exigent les grands exportateurs et ont des difficultés pour assurer une qualité constante de leur production qui soit adaptée à l'exportation. Ils n'ont pas non plus le statut privilégié qu'ont les grands planteurs auprès des exportateurs et leurs produits ne sont embarqués dans les bateaux que pour compléter les volumes prévus exportés par les grandes entreprises. Ils sont donc le plus souvent contraints de vendre à bas prix à des intermédiaires qui collectent pour le compte des grands exportateurs, ou pire encore, ils sont réduits à vendre les excédents sur le marché local déjà saturé.
Les réactions des petits producteurs
Dans les années 1990, des petits planteurs s'organisent pour accéder de façon plus durable au marché et pour échapper aux conditions de travail de plus en plus contraignantes qui leur sont imposées. Ils créent la coopérative « El Guabo » - Asociación de Pequeños Productores de Bananos - qui compte aujourd'hui plus de 350 familles de producteurs.
Dans leurs parcelles de 5 à 10 hectares, ces producteurs s'engagent à développer des pratiques de culture plus écologiques. Ils désherbent manuellement leurs bananeraies pour éviter l'utilisation d'herbicides, et bannissent les insecticides. Les fongicides sont utilisés à bon escient, sont contrôlés et scrupuleusement enregistrés.
Le développement de la banane bio
Pour répondre à la demande croissante de banane bio, l'association a invité des producteurs situés hors de la plaine de Machala à les rejoindre. Sur le piémont des Andes, à 500 mètres d'altitude, les paysans pratiquent une agriculture plus diversifiée et plus traditionnelle que dans la plaine. Ils cultivent du cacao, des bananes, du manioc, du maïs et bien d'autres plantes, sans engrais ni produits chimiques. La densité des bananiers y est dix fois moindre que dans les plantations de la plaine de sorte que s'y est maintenue une grande biodiversité. Les risques phytosanitaires y étant moindres, la culture biologique des plantations y est facilitée.
- Effets économiques
Depuis 1998, leur intégration dans les circuits du commerce équitable leur assure un prix rémunérateur et surtout stable tout au long de l'année alors que, traditionnellement, les prix s'effondrent durant l'été. El Guabo exporte actuellement plus de 35 000 caisses de bananes par semaine vers l'Europe et les Etats-Unis, dont 90% dans les conditions du commerce équitable. Les producteurs perçoivent le prix fixe de 4 dollars par caisse alors que le prix du marché fluctue entre 2 et 4 dollars. La prime de développement de 1.75 dollars par caisse de bananes donne à l'organisation la possibilité de financer de nombreux projets sociaux et éducatifs.
- Effets sociaux
La coopérative El guabo appuie les écoles de la communauté en améliorant les infrastructures et en fournissant du matériel scolaire. Elle délivre également des médicaments contre les parasites auprès des centres médicaux infantiles.
- Effets environnementaux
Les producteurs des zones de piémont se sont engagés à préserver l'épaisse forêt tropicale qui couvre encore les sommets des collines. Cette formation végétale formée de fougères arborescentes et de plantes ombrophiles a un rôle essentiel dans la rétention des eaux et la formation des nappes souterraines. Avec une meilleure rémunération de leur production, les planteurs peuvent aujourd'hui mieux entretenir leurs parcelles et les fertiliser si bien qu'il ne leur est plus nécessaire de défricher la forêt naturelle.
Sur le piémont des Andes, le "cercle vertueux" a enclenché son mouvement...
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